La galénique peut contribuer à limiter l'induction de la pharmacodépendance en jouant sur des paramètres principalement pharmacocinétiques, et la toxicité associée, notamment grâce à des stratégies de réduction des mésusages. Mais une utilisation normale du médicament ne doit pas être pénalisée, tout au moins outre mesure.
Les stratégies galéniques élaborées concernent tous les médicaments ayant un potentiel d'abus et de pharmacodépendance, qu'il soit avéré (médicaments déjà classés comme stupéfiants ou psychotropes) ou suspecté. Elles sont souvent à l'inverse de celles de certains usagers de drogues qui utilisent des altérations physiques ou chimiques des formulations afin d'augmenter l'effet et/ou d'accélérer son apparition. Le cas des médicaments destinés à la substitution, important à considérer, est assez particulier et délicat.
Ces stratégies galéniques peuvent permettre de :
1- Ralentir la vitesse d'apparition et l'effet de pic en limitant la fréquence des prises et/ou en modifiant le délai d'action. Les effets de renforcement sont inversement proportionnels à la vitesse d'apparition des effets centraux et ce délai est très lié à la forme pharmaceutique utilisée
L'utilisation de prodrugs inactives qui nécessitent des transformations enzymatiques pour obtenir un principe actif permet de ralentir la vitesse d'apparition de l'effet ; il faut cependant prendre en compte la variabilité pharmacocinétique inter- ou intra-individuelle.
La mise à disposition de formes à libération prolongée (LP) peut être tentante, mais lorsque la biodisponibilité du principe actif est faible, la commercialisation de formes LP plus dosées peut malheureusement offrir la possibilité d'en extraire frauduleusement une plus grande quantité de principe actif et d'augmenter ainsi la toxicité en cas de mésusage. Certaines préparations LP peuvent aussi être particulièrement dangereuses en cas de mésusage par voie parentérale, et ce risque important doit aussi être pris en considération.
2- Limiter la facilité de l'escalade des doses en diminuant la dose unitaire d'un principe actif doté d'un potentiel de dépendance, ce qui va aussi dans le sens d'une diminution de la dangerosité et des risques d'une overdose.
3- Prévenir le mésusage des formes orales, qui vise à augmenter les effets subjectifs recherchés, en effectuant les recherches (efficacité, sécurité) nécessaires pour parvenir à l'ajout effectif de substances dissuasives dans un médicament, possibilité dont la nécessaire exploration a été souvent évoquée.
4- Eviter l'incitation au détournement qui peut être liée à des galéniques attractives, en surveillant notamment les caractéristiques organoleptiques, les logos proposés, ainsi que leur utilisation. Cette problématique galénique est très voisine de celle posée aux autorités de santé et aux fabricants pour prévenir et diminuer les risques liés à l'usage criminel de ces mêmes catégories de médicaments, en particulier les hypnotiques et anxiolytiques.
De manière maintenant urgente et à un échelon tant national qu'européen et international, il conviendrait de trouver et évaluer de manière standardisée des concepts galéniques permettant une efficacité et une sécurité optimales en usage normal des médicaments ayant un potentiel d'abus et de pharmacodépendance, dont les médicaments utilisés dans la substitution, tout en limitant les risques de dépendance et de toxicité associée ainsi que les risques propres d'un mésusage. Ceci tant pour les princeps que pour les génériques.